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22 juillet 2026Ce que 13 ateliers d’éducation menstruelle en CM2 révèlent de notre rapport à la puberté.

En juin 2026, Jasminrose a animé bénévolement 13 ateliers d’éducation menstruelle auprès des classes de CM2 de l’ISC Carthage et de l’école Robert Desnos. Ce retour d’expérience est né de ce que ces centaines d’enfants m’ont appris sur la puberté, les tabous… et notre responsabilité d’adultes.
Les premières minutes sont toujours les plus difficiles.
J’entre dans une classe de CM2. Je me présente. Puis j’annonce que nous allons parler de la puberté.
Le silence s’installe.
Quelques rires nerveux éclatent.
Les regards se baissent.
Certaines filles cachent leur visage derrière leurs mains. On sent qu’elles donneraient beaucoup pour ne pas avoir à parler des règles devant leurs camarades garçons.
Les garçons ne sont pas plus à l’aise. Certains évitent mon regard, d’autres cherchent à détourner l’attention par une plaisanterie. D’autres encore trouvent un prétexte pour quitter quelques instants la salle, comme s’ils espéraient échapper à une conversation qu’ils imaginent forcément embarrassante.
Dans certaines classes, les élèves savaient que j’allais venir. Dans d’autres, c’était une surprise.
Et pourtant…
La gêne était exactement la même.
C’est là que j’ai compris quelque chose d’essentiel.
La gêne est déjà présente avant même que la discussion ne commence.
Les enfants n’ont encore entendu aucun mot.
Et pourtant, ils savent déjà que parler des règles est censé être gênant.
Pourquoi ?
Qui leur a appris cela ?
Comment un enfant de dix ans peut-il déjà ressentir autant de gêne face à un sujet qui concerne pourtant la moitié de l’humanité ?
Cette question ne m’a plus quittée pendant ces treize ateliers.
Puis je commence simplement à leur parler.

Je leur explique que la puberté n’est pas une maladie.
Qu’elle n’est pas un problème.
Qu’elle est le signe que leur corps grandit.
Qu’ils sont en bonne santé.
Je leur explique que les menstruations sont normales.
Que chaque corps évolue à son rythme.
Qu’il n’y a aucune raison d’avoir honte de ces changements.
Et c’est à ce moment-là que quelque chose bascule.
Les épaules se détendent.
Les regards se relèvent.
Les mains commencent à se lever.
Les questions arrivent.
Ils veulent comprendre.
Ils veulent savoir pourquoi leur corps change.
Pourquoi les règles arrivent.
Pourquoi certaines filles les ont plus tôt que d’autres.
Pourquoi les garçons ne les ont pas.
Ils manipulent une serviette périodique, découvrent une culotte menstruelle, observent un modèle anatomique et discutent avec un naturel qui semblait impensable quelques minutes auparavant.

La peur laisse place à la curiosité.
La honte laisse place à la compréhension.
Le silence laisse place au dialogue.
Et je me retrouve, treize fois de suite, face à la même évidence.
Les enfants sont prêts.
Ils sont prêts à comprendre leur corps.
Ils sont prêts à poser des questions.
Ils sont prêts à écouter.
Ils sont prêts à respecter les différences.
Ce qui leur manque, ce n’est pas la maturité.
Ce sont les espaces où ces conversations peuvent avoir lieu sans jugement.
Au cours du mois de juin, j’ai eu le privilège d’animer bénévolement 13 ateliers d’éducation menstruelle auprès des classes de CM2 de l’ISC Carthage et de l’école Robert Desnos, deux établissements qui ont choisi de faire confiance à Jasminrose pour aborder ces sujets avec leurs élèves.
Près de 340 enfants, filles et garçons, ont participé à ces ateliers.
Mais ces chiffres ne racontent pas l’essentiel.
L’essentiel, ce sont les centaines de questions posées.
Les regards qui changent.
Les idées reçues qui tombent.
Is repartent en comprenant enfin que leur corps n’a rien de honteux.


On entend souvent dire qu’il faut préparer les jeunes filles à leurs premières règles.
Après ces treize ateliers, je suis convaincue que nous devons aller plus loin.
Nous devons préparer tous les enfants à comprendre leur corps.
Préparer les filles, bien sûr.
Mais aussi les garçons.
Parce que les menstruations ne sont pas uniquement une affaire de filles.

Elles sont une question de santé, d’éducation, de respect et d’égalité.
L’éducation menstruelle ne consiste pas seulement à expliquer le cycle menstruel.
Elle permet aux enfants de mettre des mots sur ce qu’ils vivent, de comprendre les changements de leur corps, de déconstruire les idées reçues et d’apprendre à respecter une réalité qui fait partie de la vie.
À la fin de chaque atelier, je leur ai proposé d’écrire anonymement quelques mots.
Je pensais recueillir leurs impressions.
J’ai découvert leurs émotions.
Les retours des équipes pédagogiques ont été tout aussi précieux.
Les enseignants ont souligné la qualité des échanges, la pertinence des contenus, l’adaptation à l’âge des élèves et l’importance d’offrir un véritable espace de parole autour de ces sujets.
Au-delà de tous ces retours, une conviction s’est imposée à moi.
La honte menstruelle ne naît pas avec les premières règles.

Elle commence bien avant. Bien avant que les règles n’arrivent.
Et c’est précisément pour cela que l’éducation menstruelle a toute sa place à l’école primaire.
Elle ne prépare pas seulement les futures adolescentes à vivre leurs premières règles avec plus de sérénité.
Elle prépare aussi les garçons à comprendre, à respecter et à accompagner cette réalité avec bienveillance.
Elle permet à tous les enfants de grandir avec des connaissances plutôt qu’avec des peurs.

Après treize ateliers, je ne me demande plus si les enfants sont prêts à parler de puberté.
Je connais déjà la réponse.
Ils le sont.
La véritable question est peut-être une autre.
Sommes-nous, nous les adultes, prêts à leur offrir ces espaces de parole avant que les peurs, les idées reçues et les tabous ne s’installent ?
Chez Jasminrose, nous continuerons à accompagner les écoles, les associations, les ONG et toutes les structures qui souhaitent faire vivre ces espaces de dialogue.
Parce que chaque enfant mérite d’aborder la puberté avec des connaissances… plutôt qu’avec de la peur.
Ashraf Ben Messaoud



